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Un peu de Japon dans le Jura : Présentation des valeurs du projet

Julien S.

Ivrey, Jura (39)


« vivre simplement pour que les autres puissent simplement vivre »
Gandhi.


Choisir la simplicité, ce n’est ni renier la modernité, ni adopter une vision passéiste de l’existence. Au contraire, c’est prendre du recul sur nos actes par rapport aux autres et par rapport au monde qui nous entoure. Construire un logis, c’est s’approprier un espace pour y vivre à sa guise. La planète doit-elle payer pour ça ?


Les bases et les valeurs du projet


Au-delà du cheminement idéologique, le début essentiel de cette aventure est la découverte du Jura et de son environnement. L’alchimie qui en résulta fut cette idée qui s’imposa de devoir construire vert, dans un esprit tourné vers la simplicité et le dialogue résilient entre foyer et environnement.

Les motivations à construire « vert » se sont enrichies des constats scientifiques sur le climat, des problématiques sociales actuelles, et des objectifs de la norme des bâtis basse consommation. Pour beaucoup, se targuer de construire écologique incite à penser naturel. Pour nous, l’apprentissage d’une meilleure résilience nécessite une plus grande ouverture à la réalité de son environnement et induit la légitimité d’une autoconstruction et la nécessaire dialectique avec la nature et le site pour penser le projet qui est alors la résultante de bases et valeurs humaines et d’un savoir-faire avec ce que peut offrir le lieu et sa région.

Le vernaculaire, ce qui compose l'habitat traditionnel, est aussi un maillage de valeurs et de caractéristiques environnementales.



Vue structurelle d'une coupe sud/nord avec les cuves d'eau (en bas) et les panneaux solaires


Dialectique japonaise et réponses locales


Le climat du Jura, au niveau d’Aiglepierre, correspond au temps constaté au nord de l’ile d’ Honsh? – littéralement, l’île principale du Japon, nommé Tohoku. Sur les questions des différences, les hivers sont bien plus rudes et les étés plus humides que ce que l’on peut vivre ici, bien que les saisons soient similaires ainsi que leur rythme.

Ainsi, non seulement le climat similaire tout en étant plus rude invite à l’inspiration mais les conditions environnementales (risques sismiques et climatiques) bien plus complexes et difficiles du Japon, même sur son archipel principal, peuvent fournir bien des réponses à celui qui, par des voies simples et naturelles, cherche à bâtir en dialectique résiliente avec l’environnement.

Nous sommes également en zone de sismicité de niveau 3 et rien de plus logique de voir la dialectique de cette comparaison aussi sous cet angle. Examinons tout d’abord les différences notables : Une des caractéristiques vernaculaires des habitats japonais populaires en campagne est une structure en pilotis faite dans une conception hybride ‘poteau-poutre’ et ossature bois.

Alors que nous pensons depuis un demi-siècle rarement hors des frontières des dalles de bétons, qu’ils soient de ciment ou autre, et qu’une résistance au temps ne peut se faire que par la rigidité, au Japon, rigidité est souvent synonyme de fragilité et la résilience de la flexibilité prévaut. Ainsi, dans l’habitat populaire des campagnes, dans toute « minka », équivalent d’une ferme comtoise d’ici, un poteau central ou deux selon la taille de la maison vient soutenir une partie des charges de la charpente et les descentes de charges latérales sont réparties via une ossature dont le contreventement est fait de montants horizontaux asymétriquement positionnés le long des besoins (linteaux, cadres structurels et autre).

Cette idée typique a été directement intégrée dans notre projet car permet une excellente mise en valeur de l’ossature tout en facilitant de manière structurelle le travail en supprimant la grande majorité de nos diagonales contreventantes et permet aussi, second point important dans l’architecture japonaise que nous souhaitons reprendre, de faire en sorte que le caractère de l’habitat n’est pas donné par une décoration intérieure mais par la réalité même du bâti et de son rapport à l’environnement.

Structure et esthétique s’entremêlent. Prenons par exemple la question de l’engawa qui est une forme très ancienne de la véranda au Japon. Cet engawa est tout autant un espace tampon bioclimatique de la maison qu’une zone de vie à cheval entre le dehors et le dedans, brisant ainsi les frontières limitantes d’un habitat qui se voudrait surprotecteur, privilégiant ainsi une vie au présent plus en phase avec son environnement, mais c’est aussi bien souvent un nécessaire contreventement en parallèle de deux façades ainsi renforcées.



Le projet à l'état d'esquisse, vue de la face sud et de son "engawa"

Nous pouvons noter au passage que ceci illustre l’idée de « permaculture » qui croyant être révolutionnaire ne vient que donner un synonyme de plus au bon sens qui existe à toute époque et lieux où l’humain a su s’adapter avec sagesse à son environnement. Après tout, cette culture de la permanence invite à mettre les aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain de façon harmonieuse et ce qui est amusant, c’est de pouvoir retrouver des similitudes logiques dans les environnements similaires, sans le moindre langage commun.

Revenons donc sur la comparaison avec les maisons nippones pour constater par les illustrations suivantes des colombages aux techniques approchantes pour ces dernières, ou une similitude entre les lambrechures comtoises, terme provenant très certainement de Lambrequin, n. m., « bordure en bois ou en taule découpé pendant aux bords d’un toit » , (cf. Pérouse de Montclos, Architecture Vocabulaire, éd. 1989, p. 340) et la technique de bardage japonaise Yakisugi (appelée aussi Shou-sugi-ban, littéralement « bois de cèdre brulé ») présentée ci-contre et même parfois une forme de parenté inattendue.

Il a été enrichissant de pouvoir en parler avec des architectes et spécialistes du patrimoine, comme par exemple au C.A.U.E. de Lons-Le-Saunier où ces évidences furent mises en lumière, et de se rendre compte qu’il existe un patrimoine avant 1945 et que tout n’a pas commencé avec la refonte des industries d’après-guerre, que la logique progressiste et normalisée de la construction est finalement une logique bien jeune et non représentative d’un patrimoine qui va bien plus loin et s’enracine même avec une véritable harmonie dans la réalité de notre environnement.



La singularité des architectes japonais d’hier ou d’aujourd’hui 
est leur rapport si particulier à la nature et à leur volonté
d’enrichir et de diversifier les relations entre intérieur
et extérieur. La maison traditionnelle japonaise possède déjà
ces qualités de transition et de continuité à travers
l’espace intermédiaire de l’engawa
(véranda surélevée entourant la maison traditionnelle japonaise).
La nouvelle génération continue de cultiver cette
ambiguïté dedans/dehors dans leur projets de
maisons contemporaines en invitant la nature dans l’habitat
et en bouleversant toujours plus les limites établies.


Camille Cosson,
c.f. L’architecture japonaise comme modèle d’innovation.

Structure poteau-poutre modifiée de la maison


Résilience et autonomie


L’idée de résilience est, en écologie et en biologie, la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation.

Cette résilience ne doit pas simplement être considérée dans le cadre de l’habitat, mais doit bien assimiler le terrain et sa biodiversité comme constitutifs de sa réalité. La prise en compte du vivant dans les projets de construction est une préoccupation récente, qui va au-delà de la seule préservation d’espèce remarquable ou d’une approche paysagère. Appliquer l’idée de résilience sur la richesse que peut offrir un terrain comme le nôtre signifie permettre l’installation d’un écosystème dont seule les mécaniques naturelles complexes, hors champ d’action direct de l’Homme, peuvent le construire de façon résiliente. Pour l’Homme, la tâche est donc simple : l’enjeu principal de la préservation de la diversité du vivant réside dans le maintien ou l’apport mesuré de « points d’équilibre » - eau, nourriture, protection -.

Mais pourquoi chercher une construction durable avec le vivant ?

Bien qu’ils passent souvent inaperçus pour les citoyens, la nature apporte des bénéfices considérables à l’échelle de la ville, du village, des propriétés et même des bâtiments, sans parler de ce que nous y puisons nous-même. Au nombre de ces bénéfices il y a la régulation de la qualité de l’air, le maintien d’un microclimat protecteur contre les ilots de chaleur, du vent, de la rudesse du froid et rendant possible la culture pérenne et sans chimie, et donc une nourriture saine, économique et locale et au-delà de ça, production de matériaux écologiques, gestion des eaux pluviales et des déchets, etc. Ces apports capitaux qu’offre la nature à qui lui permet d’être installent peu à peu une résilience sur l’ensemble des caractéristiques du terrain qui alors s’affranchit de plus en plus d’apports extérieurs ce qui explique le lien entre résilience et autonomie.

Il existe de nombreuses façons qui permettent de concilier constructions et diversité du vivant : gestion adaptative de la nature existante, plan de circulation limitant le terrassement pendant le chantier, diversification étudiée des végétaux plantés, lignification des sols, compostage des déchets, phytoépuration, installation d’ « hotels à instectes », création de points d’eaux et de zone de friche maitrisée, etc. Néanmoins, il ne s’agit pas seulement d’additionner des solutions techniques, certes importantes comme nous l’avons vu plus haut, mais aussi d’anticiper leurs interaction avec les écosystèmes, d’où ce qui était présenté comme fondamental au projet : une approche permaculturelle du lieu dans son ensemble.

La qualité écologique d’un bâtiment ne s’appréciant pas uniquement au regard de l’aspect énergétique, les projets d’aménagement et de construction soutenable doivent s’attacher à maintenir et restaurer ces fonctions et processus naturels, permettant ainsi une bien meilleure résilience et également la recouvrance d’une forme d’autonomie bienveillante. Cela signifie aussi que certaines de ces mesures imposent de revoir le rapport de l’Homme à la nature et d’accepter une présence « plus sauvage » au sein des espaces urbains et ruraux.

Une meilleure interaction entre constructions et diversité du vivant passe donc par un important changement de mentalité.



Un chantier-école ouvert au monde associatif

Pour faire écho à l’excellent article paru dans la revue Valériane de Nature & Progrès, n°102, juillet/août 2013, il nous semble certain qu’au niveau de la société, favoriser les chantiers participatifs est une manière d’inventer un nouveau modèle d’activités dans un contexte de crise de l’emploi et de crise du logement.

Sur des chantiers participatifs peuvent naître des vocations, mais aussi de nouveaux métiers. Il y a notamment un grand potentiel de créativité dans l’économie locale de la construction et de la rénovation. Un chantier participatif peut aussi jouer le rôle de plateforme d’échange de « bons procédés », de bonnes adresses, d’achats groupés de matériaux, d’échanges de matériel particulier.

Quand on s’adresse à des professionnels de l’écobioconstruction, à des EFT (Entreprises de Formation par le Travail), beaucoup sont ouverts sur le principe des chantiers participatifs mais il leur semble logique que ce soit la société civile, le monde associatif qui, seul, puisse jouer un rôle de coordination, de prise en charge, de promotion de ce concept. Et puis c’est l’esprit de l’éducation permanente pour laquelle notre éthique souhaite œuvrer. À partir des besoins et des projets individuels, faire en sorte que ceux-ci soient plus solidaires, que le modèle participatif ait une influence positive sur la société dans son ensemble.

Il nous faut également inclure dans ce terme, sous une certaine forme, le travail de co-construction avec des corps de métier. Il y a des liens avec la notion de chantier participatif.

Il faut voir le chantier participatif, non pas comme un événement ponctuel autour d’une technique spécifique, mais plutôt comme l’ensemble de la démarche d’autoconstruction. C’est l’ensemble du chantier qui est « participatif » puisque l’autoconstruction pure n’existe pas ; c’est un fantasme. À part dans de très rares cas, il y a, de toute façon, des entrepreneurs qui interviennent pour le gros-œuvre, le terrassement, etc.

Il y a forcément une émulation avec un tiers pour la conception des plans et du projet, il y a aussi les amis qui viennent donner un coup de main. L’autoconstruction est donc toujours partielle. Il serait donc plus juste de parler de chantier participatif pour l’ensemble de la démarche, pour remplacer en quelque sorte le terme d’autoconstruction, pour coller au plus juste à la réalité des choses.

Les chantiers ponctuels sur une technique particulière pourraient être appelés autrement pour éviter la confusion :
« chantier-école », « chantier-formation », « chantier ouvert »…

Et cela, selon le degré de technicité et d’apprentissage qui est organisé, selon qu’ils s’adressent uniquement à des professionnels ou non… C’est de ces chantiers que nous définissons comme participatifs.


Points particuliers relatifs aux chantiers-formation et autres chantiers ouverts


Les chantiers ouverts seront au nombre réduit de quatre pour ce qui est de ceux qui apparaissent positif au projet. Ils seront tous sous l’esprit de ce qu’il convient de présenter comme chantiers-école. Aucun chantier n'est actuellement ouvert sur Twiza mais ils le seront en temps et en heure, une fois le gros-oeuvre terminé. Comme je suis seul sur mon chantier, il faudra attendre encore au moins un an... ;)

La pose des bottes de paille sera le principal chantier qui tournera aussi autour d’autres questions plus ou moins indirectement liées comme le lien entre les techniques propres à la paille et celles qui sont relatives à la structure bois et l’architecture japonaise, la fabrication des nichoirs avec le soutien de la LPO, la préparation et l’élaboration des tressages en bambous et l’initiation à ce matériau innovant enfin l’élaboration du système énergétique de la maison (échangeurs thermique, gestion de l’eau, pole photovoltaique) et la sensibilisation à la notion de permaculture dans l’habitat. Il est possible, en fonction des techniques choisies qu’un autre chantier, principalement centré sur le corps d’enduit soit également effectué, ce qui permettrait de sensibiliser à des matériaux comme le plâtre, la chaux, la terre et le chanvre.

Le « chantier-formation » est différent d’un chantier classique : On n’a pas d’objectif d’efficacité, on n’est pas tenu de réaliser un certain nombre de mètres carrés… Mais on a un objectif de qualité ! Il faudra présenter une séance théorique en début de journée et ensuite une séance pratique. La théorie s’oriente sur les étapes de la construction, les matériaux, l’organisation du chantier, la sécurité ou encore les différents outils utilisés. La pratique se déroule sur le chantier et donnera la possibilité de découvrir les différentes techniques.

Voilà, en gros, pour résumer, ce que l’on peut dire.

Ah, si : Si vous avez tenu la lecture, c'est que le sujet vous intéresse. Je dois alors vous noter ici que j'ai ouvert une page Youtube sur laquelle je poste pas mal de vidéos.
Pour me trouver, il suffit de chercher "un peu de Japon dans le Jura" sur Youtube.

Merci pour votre intérêt et votre lecture.

Bons chantiers à tous et toutes !