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Isolation thermique en rénovation - Généralités

Olivier I.

Paris, île-de-France

Vaste sujet, parfois polémique, l'isolation thermique est devenue un élément quasi-incontournable des bâtiments. On nous en parle sans arrêt à tel point que l'on finit par s'y perdre. De l'obligation au bon sens, revenons sur quelques notions de bases permettant de mieux comprendre et aborder l'isolation thermique dans le cadre de la rénovation.


Isolation thermique : d’où ça vient ?

La première réglementation thermique de 1974 nait des suites de l’inflation du prix des combustibles fossiles dû au choc pétrolier survenue un an auparavant. En agissant directement sur les consommations énergétiques du bâtiment, l’isolation thermique des bâtiments devient alors progressivement un élément important à intégrer dans les techniques constructives.

Les exigences grandissantes de la réglementation thermique impliquent désormais un haut niveau d’efficacité pour les constructions neuves en comparaison avec la performance actuelle des bâtiments existants.


Isolation thermique : est-ce obligatoire ?

Ce n’est qu’en 2008 que naissent les premières exigences en matière de rénovation, en résidentiel et tertiaire, avec :

   - La RT « globale » (proche de la RT 2005) concernent les rénovations très lourdes (> 25% de la valeur foncière du bien concerné) sur des bâtis postérieurs à 1948 et dont la SHON > 1000 m².

   - La RT « élément par élément » (dont les exigences sont présentées dans l’arrêté du 3 mai 2007) pour tous les autres bâtiments.


Cette dernière étant naturellement peu contraignante, l’enjeu des économies d’énergies se porte désormais sur le parc existant, plus énergivore, notamment celui datant d’avant 1974.

Ses consommations représentent près de 2/3 du parc résidentiel national comme en témoigne le graphique suivant :


Parts de la consommation de chauffage à climat normal dans les résidences principales par période de construction (Chiffres clés ADEME 2013 - Source CEREN)



Au travers de son PREH (plan de rénovation énergétique de l’habitat), l’état se donne l’ambition d’enclencher 500 000 rénovations par an d’ici 2017. Cet objectif passe, entre autres, par la mise en place de nombreux dispositifs d’aides financières devant inciter les maitres d’ouvrages à engager des travaux de rénovation. Retrouvez le guide des aides financières 2016 pour les logements publié par l’ADEME (agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie).


Isolation thermique : quels intérêts pour les occupants ?

Outre l’aspect positif de la lutte contre le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources naturelles, il est d'abord dans votre intérêt de réaliser l’isolation thermique de votre logement :

   - Réduire ses factures d’énergie

   - Résoudre un problème d’inconfort : sensation de froid, surchauffes estivales importantes courants d’air froid désagréables, perception non homogène de la chaleur dans les pièces (phénomènes de paroi froide...)

   - Initier les travaux par la résolution d’un désordre architectural ou structurel du bâti (décollement d’enduits, remontées capillaires, infiltrations, moisissures, fissures, affaiblissement de charpente…)

   - Permettre une valorisation de son patrimoine par une amélioration de l’étiquette énergétique ou une mise à jour esthétique de son logement

   - Agrandir sa surface habitable (aménagement d’un local non chauffé, extension, surélévation...)

   - S’inscrire dans une démarche de développement durable et contribuer réduire son empreinte écologique


"L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas !"


Le diagramme ci-dessous indique la logique avec laquelle procéder pour mener à bien un projet de réduction de ses consommations d’énergie dans son logement.


Démarche logique d'économie d'énergie



Plus vous travaillerez les 2 premiers points, plus vous abaisserez vos besoins en énergie et moins vous aurez besoin d’apporter de puissance de chauffe ou de clim dans votre habitat.

Techniquement, cela signifie que vous pourriez chauffer votre logement avec une bougie.


Il est d'ailleurs intéressant de citer l'association Négawatt qui a conçu un scénario de transition énergétique précis et détaillé en élaborant la fameuse démarche Négawatt : Sobriété, efficacité, renouvelable.


Isolation thermique : avant de démarrer ses travaux

En rénovation, il est important de comprendre qu’il n’existe pas de solution parfaite et universelle. Chacune possède des avantages et inconvénients qu’il est important de lister.

Il s’agira alors de tirer le compromis qui correspond le mieux à vos moyens, vos ambitions et convictions personnelles.

Plusieurs critères sont à prendre en compte dans le choix de votre isolation :

   1. Les contraintes existantes

   2. Les propriétés physiques

   3. La durabilité

   4. L'impact sanitaire et environnemental

   5. Le prix


1. Les contraintes techniques et juridiques existantes

Voici quelques questions à vous poser pour commencer à cadrer votre démarche :


L’état de la structure est-elle à revoir ?

Qu’il s’agisse de la toiture, des murs ou des planchers, faites évaluer la présence de corrosions, fissures, insectes xylophages, pourrissement du bois…


L’ouvrage existant comporte-t-il des matériaux à « risque » ?

En cas de doute, n’hésitez pas à faire réaliser un diagnostic amiante et/ou plomb.


La paroi à isoler est-elle saine ou présente-t-elle des pathologies ?

Qu’un isolant soit déjà présent ou non, évaluez la présence d’humidité (infiltrations accidentelles, remontées capillaires, condensations…), de moisissures ou de champignons. Il convient toujours de traiter la pathologie avant  le rajout de nouveaux matériaux d’isolation.


La ventilation de votre logement est-elle suffisante ?

Lorsque vous isolez une paroi, dans la plupart des cas, vous augmentez son étanchéité à l’air et à la vapeur d’eau. Par conséquent, vous augmentez la probabilité « d’emprisonner » l’humidité dans votre habitation, ce qui peut entraîner :

   - une dégradation de la qualité de l’air

   - des phénomènes de condensation favorisant l’apparition de moisissures

   - une altération des matériaux constitutifs de la paroi


En cas de changement d’aspect  extérieur du bâti (ITE, sarking, remplacement de menuiseries), avez-vous consulté les règles d’urbanisme propres à votre commune ?

En effet, vous pouvez être soumis à de nombreuses contraintes administratives : Plan local d’urbanisme (PLU),  Plan d’occupation des sols (POS), site classé…


Les contraintes techniques existantes permettent-elles la mise en place d’un isolant ?

Demandez des informations sur la compatibilité des matériaux mis en œuvre avec le passage des réseaux (canalisations, conduit de cheminée, électricité) ou des équipements situés à proximité immédiate (tableau électrique, caisson de ventilation, système de chauffage…).
Assurez-vous auprès d’un professionnel que l’intervention sur un ouvrage n’engendrera pas de risques structurels (poids supplémentaire sur charpente…).


2. Les propriétés physiques

L'isolation thermique possède 3 principales composantes :

   - La résistance thermique [R] est la capacité du matériau à s’opposer au passage de la chaleur.

   - Le déphasage représente la durée au bout de laquelle la chaleur finit par traverser l’isolant.

   - La résistance au passage de la vapeur d’eau [Sd].


Le plus souvent, la résistance thermique est indiquée sur la fiche produit (ou fiche technique). Gardez à l’esprit que plus [R] est grand, plus efficace sera l’isolation.


Si on ne vous donne pas cette valeur de [R], il y a de fortes chances que l’on vous donne une autre valeur appelée lambda [lambda], il s’agit de la conductivité thermique d’un isolant.

Pour en déduire [R], vous devez diviser l’épaisseur d’isolant [e] que vous souhaitez mettre en œuvre par [lambda].  Voici la formule : [R] = [e] / [lambda]                                              

 /!  Veillez à convertir [e] en mètres.


Exemple : un isolant possède un [lambda] de 0,038 w/m.K
    Quelle résistance thermique pour 19 cm d’épaisseur ?
    [R] = 0,19 / 0,038
    Résistance thermique = 5 m²/W.K


La mise en œuvre d’un isolant à déphasage élevé est surtout utile en été pour décaler au cœur de la nuit plus fraiche la pénétration de la chaleur reçue par les parois extérieures durant la journée. Cette valeur, en heures,  est parfois donnée sur la fiche produit (ou fiche technique).


Globalement, le déphasage des laines minérales (laine de verre, laine de roche...) oscillent entre 4 et 7h alors que les isolants recyclés (ouate de cellulose…) et biosourcés (fibre de bois, chanvre, liège…) se situent entre 8h et 14h.


Enfin l'étanchéité à la vapeur d'eau introduit la notion de perspirance de la paroi. Si l'isolant possède une valeur [Sd] plutôt élevée (> 6), il est considéré comme plutôt étanche (peu perspirant). En revanche, une valeur faible (< 2) implique que le matériaux se laisse plus facilement traverser par l'humidité (bonne perspirance). De manière générale, il est préférable d'employer des matériaux à faible Sd afin de laisser le complexe "respirer". En effet, un excès d'eau accidentel (condensation, infiltration..) pourra s'évaporer plus facilement et permettra un séchage de l'intérieur de la paroi plus rapide.


Cet aspect est particulièrement important lors d'intervention sur le bâti ancien, en présence de matériaux sensibles à l'humidité. Il convient alors de conserver la perspirance naturelle de la paroi. Veillez à demander conseil auprès d'artisans ayant l'habitude d'intervenir sur ce type de bâti.


3. La durabilité des matériaux isolants

La tenue dans le temps du pouvoir isolant est difficile à évaluer. Elle dépend de nombreux facteurs comme :

   - la réaction face à l'humidité (conservation du volume initial ou déstructuration ?)

   - la résistance au tassement (sous son propre poids et/ou en présence de poussières

   - la résistance aux nuisibles (rongeurs, oiseaux, insectes...)

   - la tenue structurelle lors de l'exposition à une chaleur excessive (fonte, effritement...)


4. L'impact sanitaire et environnemental

Vu les enjeux que cela représente, il est important de vous sensibiliser sur l'impact que les travaux vont avoir sur l'environnement et votre santé. Les principaux éléments de réflexion se portent sur :

   - le cycle de vie du matériau : fabrication, utilisation et traitement en fin de vie. Il 'agit de porter attention à l'eau, aux matières premières et à l'énergie grise consommés ainsi qu'aux émissions de gaz polluants (effet de serre, acides...)

   - les substances nocives utilisées lors de la fabrication et pendant la mise en œuvre (solvants, COV...) et le dégagement de particules ou de micro-fibres lors de sa manipulation

   - les émissions de composés organiques volatiles (COV), formaldéhydes et autres produits nocifs durant sa vie


Si elle existe, vous pouvez consultez la fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) sur le site de l'INIES qui fournissent de précieuses indications sur les points évoqués ci-dessus.


5. Le prix

Le prix se découpe entre matériaux et main d’œuvre. (Quel scoop !)

Il est recommandé d'éviter de perdre trop de temps à essayer de réaliser sa propre estimation financière en effectuant soi même des recherches sur internet. Les prix ne sont pas forcément à jour, sont susceptibles de varier d'une région à l'autre et dépendent de l'entreprise qui interviendra. Allez au plus simple et au plus rapide :

   - définissez un budget envisagé et un budget max

   - faites réaliser au moins 3 devis différents (avec options si vous le souhaitez)

   - mettez en concurrence et négociez si besoin

   - n'oubliez pas de tenir compte des aides financières nationales, locales, publiques (état, région, département, commune…)  et privées (CEE…) dont vous pourriez bénéficier.



Olivier Issautier