Pression exercée par nos modes de vie sur les habitats écologiques faunistiques et floristiques des campagnes - EEA 2016

NOS ACTES IMPACTENT - Bâtiments, Modes de Vie et Contextes

Perma'Habitat

Carlux, Dordogne (24)

Respiration et Architecture

Durant plusieurs années, j’ai cru à l’enseignement classique des arts et des techniques, qui nous apprend que les grandes œuvres sont les reflets d’un « moment » d’une civilisation ou d’une culture. Cela vaut pour les bâtiments, mais aussi les peintures, sculptures, etc. On considère fréquemment que le contexte social, culturel, économique, est le terreau fertile des ces chefs d’œuvres, et que l’on peut les expliquer à partir des ces données. En d’autres termes, les créateurs « inspirent » un contexte, et « expirent » une œuvre. Plus longue est l’inspiration, plus longue est l’expiration. Si la métaphore est pertinente, elle empêche cependant l’apparition d’une manière plus juste d’appréhender le réel : contexte et œuvre n’agissent pas dans un rapport causal, mais sont interdépendant l’un de l’autre.


Dualité transitoire

L’œuvre est certes une expiration, mais elle est aussi une inspiration. Elle puise son identité dans un contexte et devient contexte à son tour. Avec ce regard plus global, on s’aperçoit que contextes et œuvres ne font qu’un.

Si notre intellect aime à séparer les ensembles pour en comparer les parties, c’est que cela permet d’approfondir parfois notre compréhension des choses. Cependant, il est nécessaire que la manière de séparer, c’est à dire le choix des parties, soit pertinent, et qu’une fois la compréhension obtenue, les parties soient de nouveau réunies dans notre esprit. Aussi, pour dépasser les notions d’œuvres et et de contextes, nous pouvons leur ajouter un élément : la culture, c’est à dire l’ensemble des modes de vie d’une société. Ce troisième élément ajoute un référentiel, un miroir pour les deux précédents: la culture se compare à ses propres œuvres et à son contexte, et permet aux deux autres de trouver leur équilibre dans une équation à trois éléments.


Le triple impact

En architecture, on peut traduire ce triptyque par les notions de: Bâtiments / Modes de vie / Contextes.



Bâtiment : Le bâtiment représente l’ensemble des infrastructures bâties permettant des usages.

Mode de vie : Le mode de vie correspond à l’ensemble des usages d’un individu ou d’un groupe d’individu. Ces usages sont la manifestation de besoins.

Contexte : Le contexte, ou plutôt « les » contextes, correspondent à la fois aux espaces géographiques du projet  (le terrain d’implantation, le quartier, la ville, la région, le pays, la planète) et aux différents « réservoirs » qui s’y trouvent : réservoir économique, culturel, écologique, social, réglementaire, ...



Impact sur le mode de vie

La bâtiment impacte le mode de vie, en facilitant (ou non) certains usages, en permettant de répondre (ou non) à certains besoins. La manière dont les besoins vont trouver satisfaction dépend des opportunités offertes par le bâtiment. Dans certains cas, le bâtiment n’est pas au service de l’usager, et c’est l’usager qui est au service du bâtiment : il est contraint d’adapter ses besoins aux possibilités imposées par son lieu de vie.

Par exemple un bâtiment ayant une cave va permettre de répondre au besoin de stocker des aliments dans un endroit frais et à l’abri de la lumière. Dans le cas où le bâtiment ne possède pas d’espace de ce type, le besoin devra être satisfait d’une autre manière. Un autre exemple, certains bâtiment ne permettent pas de changer d’organisation des pièces, ou par une rénovation trop lourde. L’usager est alors contraint d’utiliser l’organisation en place, même si elle ne répond pas à ses besoins.


Impact sur le contexte

Le bâtiment impacte son contexte :

  • lors de sa construction, il a un impact économique, social, culturel, écologique… par le choix des modes de construction (conventionnelle, participatif, autoconstruction,...), des entreprises, des matériaux, des techniques, de la législation, de la recherche, de la transmission, etc.
  • Lors de son utilisation, modification de la topographie, minéralisation, modification des vents, gestion des eaux pluviales, ombres, cheminements des animaux, des plantes et des humains. Rejets divers dus à la dégradation des matériaux de construction.
  • Lors de sa ruine, matériaux a nouveau disponible ou déchets à traiter, plaie visuelle, etc.


Les impact du bâtiment sur son contexte sont presque infinis :

  • Économique : déplacement de la richesse, valorisation de certaines entreprises
  • Culturel : valorisation ou dévalorisation des cultures locales, ajout d’éléments culturels extérieurs. Valorisation ou non de techniques de construction, de savoir-faire. Transmission ou non des dîtes cultures, techniques, savoir-faire, etc.
  • Écologique : déplacement de matière, destruction d’habitats écologique sur site et sur le lieu de prélèvement des matériaux, minéralisation, etc.
  • Et d’autres encore : Normatif, Réglementaire, Scientifique, Sociologique, Poétique, Spirituel, Artistique, Technique, Foncier, Financier, Politique, Éducatif, etc.



Impact sur le contexte

Le mode de vie impacte le contexte en influant sur l’organisation des flux de matières. Par exemple, des besoins d’électricité, de gaz, de pétrole, de produits industriels  ou des besoins de nourriture biologique, de produits locaux, de bois de chauffage, etc. sont des manière différente de répondre à des besoins similaires mais vont entraîner des organisation différentes du territoire.

Concernant le lieu de vie, des modes de vies différents amènent aussi des utilisation différentes du terrain : positionnement des bâtiments, type de végétation, type d’intervention (lourde ou légère) sur les sols, création de micro-climats (bassins, buttes, noues, haies) etc.


Impact sur le bâtiment

Le mode de vie impacte le bâtiment, soit dans sa conception soit dans son appropriation, puisque le bâtiment est au service de ses usagers. Ainsi, les usagers par leur mode de vie vont influencer le bâtiment, sa forme, son esthétique, son organisation.

Par exemple, une cuisine pour faire réchauffer des plats cuisinés individuels ou une cuisine pour préparer des grandes quantités de nourriture dans le but de réaliser des conserves seront très différentes. Ainsi, un même besoin peut amener de grandes variations d’usages, de mode de vie, et de conception des bâtiments.



Impact sur le bâtiment

Le contexte influe le bâtiment de différentes manière :

  • Lors de sa construction, le contexte économique (santé des entreprises, ou au contraire un contexte économique de crise), le contexte réglementaire, juridique, scientifique (connaissance des matériaux), spirituel (conscience des impacts de la construction, vision du monde), écologique, culturel (éléments de culture, habitudes, regard de la société), etc. sont autant de contextes qui vont faire partie de la construction et lui donner son identité.
  • Lors de son utilisation, les différents contextes vont influer notamment sur le type de ressources énergétiques disponibles, la ressource en matériaux de réparation et en savoir-faire, l’adaptation du bâtiment à de nouveaux codes esthétiques ou de nouvelles réglementations thermiques, acoustiques, d’accessibilité, etc.


Impact sur le mode de vie

Le contexte impacte les modes de vie : le contexte économique impacte le travail, la manière d’obtenir des biens et des services, la quantité de bien et de service auxquels ont accès les usagers ; le contexte culturel impacte la manière de vivre, de s’habiller, de se chauffer, de manger, d’habiter ; le contexte écologique impacte le besoin de contact avec la nature, l’apprentissage du fonctionnement de la vie, la compréhension de l’impact des actions humaines ; etc. Chaque contexte, à chaque échelle, a une influence sur les besoins, sur les manières de répondre à ces besoins, et donc aux modes de vie dans leur ensemble.


Bon sens  et Architecture

En adoptant un mode de vie, on permet la réalisation d’un contexte et la naissance de bâtiments. Un contexte créé des bâtiment et amène les modes de vies à devenir. Les bâtiments eux amène des modes de vies et des contextes. C'est un système: celui qui caractérise notre manière d'habiter la Terre.

Mais un système est comme une roue qui peut tourner dans un sens ou dans un autre: à contre-sens ou dans le bon sens... et qu'est le bon sens, si ce n'est le sens de la Vie, contre lequel lutter faire perdre tant d'énergie et devient un non-sens ?


Leviers d'action

Grâce à notre capacité à séquencer intellectuellement ce qui est insécable dans la réalité, nous avons pu toucher un des mécanismes de notre manière d'habiter: trois impacts mais aussi trois leviers pour se diriger vers un régénération de nos lieux de vie. Nous pouvons alors:

- Améliorer nos contextes

- Améliorer nos modes de vies

- Améliorer nos bâtiments

de telle manière à rendre possible le monde auquel nous aspirons,... sans oublier cependant qu'aucun  de ces trois points n'a d'existence individuelle, et qu'agir sur l'un revient à agir sur les trois.


Adrien Lourd