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Chantier Pisé, Ghana

Construire sans eau ni électricité / Partie I

Eskaapi

Nantes, Loire-Atlantique

Immersion dans un village Ghanéen

Début mars 2017, nous sommes parties construire une bibliothèque en pisé de 165 m² dans un petit village ghanéen.

Un audacieux challenge nous attendait à notre arrivée. Nous avions pensé à mettre de côté nos ordinateurs et nos smartphones, sans grande difficulté. Nous étions prêtes à dessiner à la main, à ressortir le calque et les crayons, et à nous lancer dans les comptes sur feuilles volantes, des carnets de tableaux et des pochettes plastiques de factures. Nous étions prêtes même malgré la chaleur, à réduire notre temps de douche et économiser l'eau au quotidien.

Deux points nous avait pourtant traversé l'esprit sans vraiment s'y installer, nous allions devoir construire la bibliothèque entièrement sans eau ni électricité sur le site de chantier.


Le village d'Abetenim est alimenté en électricité par le réseau public, soumis aux aléas du service et de la météo, et l'eau se trouve au fond des six puits de la communauté. Seulement notre site de construction, situé à l'entrée du village sur une ancienne plantation de palmiers, en amont de toutes ces installations, ne bénéficiait pas de ce confort-là.



Le pisé, une technique économe en eau

Construisant dans une région qui connait la saison sèche et les pénuries d’eau, il nous paraissait évident, à la conception du projet, de mettre en oeuvre des techniques économes en eau.

Tous nos murs sont en terre et nous avions opté pour le pisé, une des techniques les moins consommatrices d’eau. Le pisé est un mélange de terre argileuse, sable et eau compressé par fines couches successives entre deux coffrages appelés banches. La préparation n’est que légèrement humidifiée pour obtenir la cohésion des particules de terre entres elles. C'est une fois frappé par le pisoir que le mélange se tasse et se fédère. Le taux d’humidité du mélange est la clé de réussite d’un beau mur, mais elle influence également sur la manière de travailler la terre. Plus elle est humide, plus elle est facile à tasser, mais le risque de fissure est grand et la quantité d’eau dépensée plus importante.

L'attention portée sur le taux d'humidité du pisé pouvait varier selon les responsables du "mix". L'apparition de nouveaux outils de fortune vint alors calibrer un peu le geste de chacun : les pots de pâte à tartiner de nos petits déjeuners se sont transformés en verre doseurs et, une fois percés, en arroseur de préparation.

C’est après une belle nuit d’orage que nous étions les plus heureux : la terre bien trempée par la pluie diluvienne pouvait être utilisée telle quelle. Le travail était grandement facilité, et les mélanges, sans avoir à rajouter de l’eau, étaient bien plus rapides. Nous prenions alors soin de bien bâcher les tas de terre pour éviter que sous le soleil brûlant, l’eau ne s’évapore trop vite.


Les porteuses d’eau


Pour nous autres, habitués à tourner un robinet pour voir couler de l’eau, travailler sur un chantier sans eau courante, nous paraissait de prime abord comme une réelle difficulté. Pour le premier essai de murs en pisé sur site, nous avions rempli cinq seaux d’eau au puit le plus proche, une dizaine de minutes à pied. Nous les avions ensuite tant bien que mal transportés au prix de grands efforts, sur la tête, à bout de bras, à plusieurs ou en brouettes. La moitié fût perdue en route.

Heureusement, la suite s’avéra plus simple pour nous. Nous avons installé trois jerricans de 120L sur le site, et l’eau nous était apportée par deux femmes du village Mamada et Zinabu quand nous en avions besoin. A chaque aller-retour d’une vingtaine de minutes à la rivière, elles revenaient avec chacune une bassine de 12L sur la tête. Il fallait en moyenne quatre à cinq aller-retour pour remplir un jerrican. C'était donc le travail d'une matinée entière de nous approvisionner en eau. Leur courageux ballet rythmait le chantier, et leur dur travail nous amenait d’autant plus à réfléchir à notre consommation d’eau.


La hauteur du niveau d’eau dans les jerricans nous demandait une attention quotidienne. Nous y puisions au seau avec parcimonie au fil de nos activités pour la préparation du  mélange de terre, le nettoyage des outils et encore le lavage de nos mains. Ils sont vite devenus un des points clef du chantier.


La fabrication du béton

Nous fîmes deux exceptions dans notre utilisation drastique d’eau. En effet, l’utilisation du béton pour les fondations et pour la ceinture haute des murs nous a posé quelques questions. Ses besoins en eau ne correspondaient pas  avec la discipline que nous avions mise en place sur le chantier. Cependant, au vu des matériaux disponibles sur place et du temps qui nous était imparti pour la construction, nous n’avions pas beaucoup d’autres solutions pertinentes.



Les fondations ont été réalisées à l’aide de la bétonnière du village, et sous l’oeil vigilant d’Abass, responsable de l’outil. Elle a fait bourdonner le site trois jours durant, tant elle était bruyante. Grande consommatrice de fuel et d’eau, nous n’étions pas ravies d’avoir à l’utiliser.

Le béton de la ceinture haute a, quant à lui, été entièrement réalisé à la main. Il nous a demandé une intense journée de travail et beaucoup d’huile de coude. Mais le mélange étant fait à même le sol, il se devait d’être moins liquide, donc moins lourd, et plus facile à transporter à la brouette et à monter en haut des murs. La quantité réalisée correspondait exactement aux besoins et non plus au volume imposé par la bétonnière.  Et quel bonheur de travailler sur un site silencieux, où l’on peut communiquer d’un bout à l’autre du chantier !


Silencieux, le site l’était. Aucun ronronnement de machine électrique ne venait perturber les bruits de la jungle environnante... Le chantier sans électricité - à suivre partie II

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