La maison en Bauge

1/ Histoire :

Technique mondialement employée depuis des millénaires. A chaque région sa spécificité et à chaque époque son outillage. La bauge semble être apparue en France depuis l'époque gauloise. Elle se retrouve notamment dans les régions de basse-normandie et bretagne....
C'est une technique de ferme paysanne qui utilise l'outillage agricole (fourche, bâton...) pour mettre en oeuvre un mélange de terre crue et de fibres végétales. Aujourd'hui elle peut être coffrée est utilisée pour la réalisation de projet contemporain.

 

2/ Procédé technique :

La bauge est un mélange de terre et de fibre à l'état plastique. On crée des boules que l'on jette à la main les unes sur les autres pour chasser l'air et permettre ainsi la création d'un mur monolithique très compact qui devient un mur porteur. On ne peut monter qu'entre 60 cm et 1m de hauteur par jour, il faut attendre que ce premier lit sèche avant de continuer le second.
La matière première est très économique puisque c'est de la terre crue et de la fibre. Il n'y a pas d'armature ni en bois ni métallique.

 

3/ Le projet :

En 2013, Anne Lequertier et Simon Martin, ingénieur•e•s en bâtiment (thermique et structure), décident de construire leur maison en terre, paille et bois pour mettre en œuvre les connaissances acquises lors d’une formation sur les éco-constructions. Passer à l’acte d’auto-construire est pour eux l’occasion de créer une entreprise : Les Guêpes Maçonnes. A la croisée des chemins entre théorie et pratique, ces deux ingénieur.e.s devenus maçons spécialisés dans les techniques en terre crue, nous démontrent preuve à l’appui qu’il est possible aujourd’hui de construire une maison avec des matériaux locaux.

 

a/ Vue d'ensemble

Matériaux : Terre et Paille

Technique : Bauge coffrée

Livraison : Septembre 2015

Durée chantier : 24 mois

Surface habitable : 100 m2

Coût travaux : 81 500 euros

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b/ Caractéristiques de la bauge coffrée :

  • Densité : 1700 kg/m3
    - Résistance thermique: assez faible
    - Résistance mécanique : très élevée à la compression et très faible à la traction

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c/ Coupe transversale nord-sud du projet en bauge

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4/ Le chantier :

01. Anne Lequertier et Simon Martin préparent le terrain. Les fondations sont réalisées avec les pierres du site.
Cette technique de fondation cyclopéenne est longue et ouvrageuse mais elle a un très faible impact environnemental et les matériaux ne subissent pas de transformation.

 

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02. Cycle d’acheminement du chantier. La terre, mélangée avec des fibres, est utilisée pour construire les six piliers en bauge.
Très adaptée à l’auto-construction, la bauge ne nécessite pas d’outillage et pas de machine spécifique pour être mise en place.

 

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03. La paille, utilisée pour le remplissage des murs et l’isolation de la maison, est fournie par un voisin agriculteur qui a une botteleuse adaptée à la construction (37cm x 47cm x 90cm).
Excellent isolant, économique et locale la paille regroupe beaucoup d’atouts écologiques.

 

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04. Les enduits sont réalisés en auto construction avec la terre locale pour l’intérieur et un mélange chaux sable pour l’extérieur.
Ce choix de matériaux est pertinent car il permet au mur de respirer et de réguler l’humidité par perspirance.

 

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05. Le sol en cours de construction sera réalisé en terre crue. Anne Lequertier nivelle la première couche posée directement sur le gravier.
Le fait de mettre de la masse à l’intérieur permet d’augmenter l’inertie pour stocker de la chaleur.

 

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06. Six piliers en bauge, une charpente, une couverture et un remplissage paille - Chronologie de la construction.
Hybrider les techniques permet de profiter des intérêts de plusieurs matériaux en fonction de leur spécificité.

 

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5/ Impact écologique :

L'énergie grise pour la fabrication de murs en bauge est presque nulle. Elle ne nécessite aucune transformation, aucune cuisson, pas ou peu de transport. Et pas ou peu de machine pour la mise en oeuvre. De plus comme toutes les constructions en terre crue qui ne sont pas stabilisée avec de la chaux ou du ciment elle a le gros avantage de pouvoir être réemployée à vie après destruction de la maison.

 

Fin de vie : 100 %

Si elle n’est pas coupée la terre crue peut être réutiliser lors de nouvelle construction et éviter ainsi la production de déchet lié à la démolition.

 

Transport : 5km

Le gisement de terre est situé sur un terrain voisin dans le village suite à un chantier de terrassement.

 

Mise en oeuvre : 30 kWh

Traditionnellement paysanne, la bauge est une technique constructive facile à mettre en oeuvre et qui accepte une grande variété de terre. Un simple malaxeur suffit pour mélanger la terre et les fibres.

 

Transformation : 0 °C

La terre crue nécessite aucune transformation pour être bonne à construire.

 

6/ Commentaires :

- C'est une technique qui semble adaptée à des personnes ayant du temps, de l'énergie et beaucoup de main d'oeuvre disponible.
- La terre crue ainsi mis en oeuvre n'est pas un bon isolant mais apporte énormément d'inertie.
- Elle a aussi l'avantage d'être un très bon régulateur d'humidité et d'assainir les espaces intérieurs.

 

 

 

 
Cette étude a été réalisée par Mathis Rager, Emmanuel Stern et Raphaël Walter du collectif Anatomie d'architecture dans le cadre du projet du Tour de France des maisons écologiques.